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Ebène Aventures africaines de Ryszard Kapuscinski, traduit du polonais par Véronique Patte, Pocket Plon

Les langues européennes n’ont guère développé un lexique permettant de décrire de manière appropriée un univers autre que l’univers européen. Des pans entiers du monde africain ne peuvent être appréhendés ni même effleurés à cause de l’indigence de la langue. Comment décrire les entrailles sombres, vertes, étouffantes de la jungle ? Ces centaines d’arbres et de buissons, comment s’appellent-ils ? Je ne connais que les noms de « palmier », « baobab », « euphorbe ». Or ces arbres ne poussent pas dans la jungle. Et ces arbres immenses, d’une hauteur de dix étages, sur les rives de l’Oubangui et de l’Itouri, comment s’appellent-ils ? Comment baptiser ces divers insectes que l’on rencontre partout, qui nous assaillent et nous piquent sans cesse ? Il arrive qu’on trouve un nom latin, mais que va-t-il évoquer à un lecteur moyen ? Cela n’intéresse que les biologistes et les zoologistes. Et l’immense domaine de la vie psychique, des croyances, de la mentalité de ces hommes ? Chaque langue européenne est riche, mais sa richesse est au service de la description de sa propre culture, elle est là pour représenter son propre monde. Quand elle veut aborder le terrain d’une autre culture et la décrire, elle dévoile ses limites, son immaturité, son désarroi sémantique.

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